Le Monte-Carlo 30 n°275, aujourd’hui baptisé DIVERSION, est avant tout l’histoire d’une rencontre, d’un sauvetage et d’une restauration guidée par la passion.
Tout commence en 2023.
À cette époque, je suis à la recherche d’un nouveau Monte-Carlo 30. Ce modèle occupe une place particulière dans ma vie de plaisancier et de collectionneur. J’en ai possédé plusieurs et je reste profondément attaché à cette ligne si caractéristique, à son élégance et à cette conception qui appartient à une époque particulièrement intéressante de l’histoire du yachting méditerranéen. C’est presque par hasard, lors d’un dîner à Paris, que j’entends parler du n°275. Une personne présente ce soir-là travaille dans une société dont le dirigeant possède depuis de nombreuses années un Monte-Carlo 30. Le bateau existe toujours, mais personne ne s’en occupe réellement.
Lorsque je découvre son histoire, elle est assez incroyable : le bateau a passé près de 12 immobilisées dans un champ, pratiquement sans protection. Pour beaucoup, il aurait probablement été considéré comme perdu. Pour moi, c’était exactement l’inverse. Sous la saleté, l’eau de pluie accumulé à l’intérieur et les traces de ces longues années d’abandon se trouvait encore un véritable Monte-Carlo 30 qui avait finalement très peu navigué. Sa structure et surtout de nombreux éléments d’origine avaient été étonnamment préservés. La coque était belle. Les listons étaient en parfaits états. Les chromes avaient conservé tout leur potentiel.
Je fais rapatrier le bateau qui se trouvé à Antibes, au chantier Pascal VILLANOVA dans le Golfe de St Tropez. Après un nettoyage approfondi et un simple travail de polish, la coque a retrouvé une profondeur et une brillance extraordinaires. C’est à ce moment-là que j’ai réellement compris que le n°275 méritait de retrouver la mer. J’ai alors décidé d'entreprendre une restauration complète, avec une philosophie simple : moderniser ce qui devait l’être pour assurer sa fiabilité, tout en conservant autant que possible l’identité et l’esprit du bateau.
L’intérieur a été entièrement vidé. La mécanique d’origine avait étonnamment peu d’heures, mais après une immobilisation aussi longue, j’ai préféré repartir sur une base mécanique entièrement révisée. Deux moteurs CRUSADER 454 G4 reconditionnés ont donc été spécialement achetés et importés des États-Unis.
Une première phase importante de la restauration a été confiée à une sociétédans le Golfe de Saint-Tropez. Malheureusement, cette étape a été marquée par d’importantes difficultés techniques et une méconnaissance des bateaux de ce type, notamment concernant le remontage des deux moteurs CRUSADER 454 G4, qui ont par la suite subi des dommages. En revanche, le projet de restauration s’est poursuivi sans jamais remettre en cause mon objectif initial. L’électricité a été entièrement reprise et la sellerie complètement refaite.
J’ai ensuite confié DIVERSION à une autre entreprise plus spécialisée dans les Monte-Carlo 30. Plusieurs exemplaires passent désormais entre leurs mains, aux côtés d’anciens Riva.
Une nouvelle restauration mécanique a alors été entreprise. Les deux moteurs CRUSADER 454 G4 ont été entièrement refaits, avec notamment l’intervention de Sud Est Rectification à Fréjus, afin de retrouver une mécanique saine et fiable. Mais l’histoire du n°275 ne serait pas complète sans raconter celle de son nom.
Tous mes bateaux ou presque appartiennent à une même histoire familiale de noms : SWIFT.
Je souhaitais donc naturellement que le n°275 rejoigne cette lignée. Seulement, je possédais déjà à cette époque un autre Monte-Carlo 30 baptisé SWIFT III. Lors de la procédure d’enregistrement, l’administration belge a refusé que les deux bateaux portent un nom susceptible de créer une confusion. Il a donc fallu lui trouver une autre identité, ce sera DIVERSION en mémoire d’un BAIA 63 Azzura que je possédais.
Un nom choisi presque par circonstance, mais qui, avec le temps, lui correspond finalement assez bien : son existence tout entière est faite de détours, de surprises, d’abandon, de renaissance et de retour à la mer. Un élément auquel je tiens particulièrement a également été préservé : son état d’origine complet. Il n’a pas été sacrifié au cours de la restauration et est aujourd’hui soigneusement conservé dans un hangar. C’est important à mes yeux, car restaurer un bateau de cette génération ne consiste pas simplement à le rendre beau ou performant. Il faut aussi préserver ce qui permettra, demain, de raconter son histoire et éventuellement de revenir à sa configuration d’origine.
Aujourd’hui, lorsque je regarde DIVERSION, je ne vois donc pas simplement un Monte-Carlo 30 restauré, Je vois le n°275. Un bateau qui avait très peu navigué, oublié pendant près de douze ans dans un champ et que beaucoup auraient probablement abandonné. Sa coque, ses chromes, ses listons et une partie importante de son identité ont traversé les années. Sa mécanique, son électricité et sa sellerie ont, elles, bénéficié d’une véritable renaissance. C’est cette combinaison entre patrimoine, restauration et passion qui rend ce bateau particulier à mes yeux.
DIVERSION n’est pas un bateau neuf mais les 36 ans d’âge n’ont pris aucune ride.
Et c’est précisément ce qui fait sa valeur sentimentale.
C’est un bateau qui a une histoire.
Et surtout, une histoire qui continue.
Monte-Carlo 30 – n°275
DIVERSION
